Blues Cocktails...

Pascal "Paco" Martin
LGDG n°64

Paco m'a dit : "tu fais comme tu le sens avec mes papiers, au feeling". Dont acte! Avec colle et ciseaux, liens et photos... humeurs et coups de coeur sans sommations, voici en apéritif la rubrique pataphysique de la Gazette, le tiroir vianesque des "choses inclassables ailleurs".

Open hours...

16 janvier 2007

29,99 TTC

"Pantouflard" est intraduisible aux States. Ce qui s'en approche le plus est "stay-at-home", "uneventful" ou "humdrum". J'aime assez ce dernier, il a un je ne sais quoi de... comment dire ? borborygmesque, traduisant les lendemains de fête, les gueules de bois taillées au burin, le foie retourné comme un vieux pneu et balancé au fond d'une décharge publique,

Just like a Cadillac tramp at the end of the road,
A swap meet rat who's sittin' on gold -Yeah, Baby !
A baseball bat that's waiting to swing,
Your loan shark friend with the broken knees,
A penthouse pauper with nothing to do...
Just sitting here and wandering why ."


...comme le chante l'ami Mike Ness de Social Distortion sur Nickels and Dimes.
Si vous jetez une oreille sur ses galettes solo, entre ses compos et ses covers de Hank Williams, Johnny Cash et Georges Jones... gaffe, comme un vrai pitbull sous anabos il vous l'arrache aussi sec.

Mais je trouve aussi que ce terme traduit aussi assez bien l'attitude d'une certaine frange du public blues qui, tout en se plaignant du manque d'endroits ou écouter de la musique, ne fréquente que trop rarement ceux qui justement se battent pour en proposer. D'ailleurs on peut étendre cette remarque à tous les publics et même à un niveau national. La France n'a pas ou que trop marginalement une culture de club ou de pub à la façon de l'Irlande, des States, de l'Italie ou de l'Espagne. Est ce un hasard si "club" et "pub" sont d'ailleurs intraduisibles en Français? Regardons les choses en face mais surtout honnêtement... regardons-nous face à notre glace.

Un soir au One-Way - huile sur toile Patrick Demathieu (période fauve;-)

Bien sûr il y a les tracasseries administratives qui font que les clubs ferment (exemple : le Cristal), à croire que dans certains quartiers les "nuisances sonores" (sympa pour les musiciens !) sont plus gênantes que les mecs en train de crever sur le trottoir ou le bruit des ateliers clandestins.
Bien sûr, il y a ces tauliers cerbères pour qui les musiciens coincés entre les chiottes et l'armoire réfrigérée n'ont de rythme que s'il s'accorde avec celui de la pompe à bière.
Bien sûr, il y a aussi ces chapelles, ce cloisonnement invisible que l'on peut ressentir à certains concerts où les photographes parlent photographie, les journalistes de leurs articles, les guitaristes de matos et les pochetrons à leurs bières. J'ai en mémoire une scène assez flippante où lors d'un concert, deux gamins sapés style petit marquis, futes, cigarettes et veste de velours - coupe de cheveux à la Steve Marriot- se sont pointés un après-midi au One Way pour un concert de Thibaut C. et Anthony S. Les regards qu'ils se sont ramassés de la part de certains… bon, pour les habituels pseudo-bikers de comptoir, c'était pas bien grave, mais d'autres soi-disant spécialistes furent à gerber... des vrais beaufs ! Pourtant, ces mômes avaient une heure durant écumés les bacs de Copa et j'avais en tête leurs regards quand ils eurent dégottés en solde le CD "Off the Record" de Howling Wolf. C'était un gemme d'or fin qu'ils avaient dans les prunelles, les kids.. Bright, Baby Bright, and let the good times roll !

Dans le style de bourrinage puriste, le même genre de mecs a dû se foutre de la gueule des Yarbirds, Them, Animals et autres jeunes cats de l'époque quand ils se sont pointés dans les clubs de Londres. Pour eux, c'était pas du blues… sauf qu'ils étaient en train d'inventer le leur. Pour moi, un club est un lieu de vie où à chaque verre j'ai l'impression de renouveler mon droit d'inscription. D'ailleurs, toutes les grenades qui ont pété à la gueule du show-biz ces dernières décennies leur ont été balancées d'un club, et quand il n'y en avait pas... c'était au couteau qu'ils y allaient. Je pense aux libertines (concerts organisés dans les apparts et les hostos ), à la grande période du rock alternatif (souvenir des squats de Montreuil et de Belleville ), au mouvement punk (Sex pistols dans des cantines scolaires, Clash à la fête de Rouge), au début du rap (chez Roger), au Rock'n'Roll Circus à l'époque de Sam Bernett (toute la vague seventies des Martin Circus, Alice dont le batteur était d'ailleurs je crois Doudou Weiss, Triangle et Alan project civilization) jusqu'au baby rock actuel, même si derrière, Manoeuvre par l'intermédiaire de Rock'n'Folk a bien fait monter la sauce (Gibus and other République's bars ).

Je me souviens en 1984 à Madison, il y avait un club de blues paumé entre un des multiples lacs du coin - de toute façon cette ville est un vrai nénuphar urbain et de vieux entrepôts en briques rouges. Le musicien maison était Paul Black, un tueur à la slide, chanteur et compositeur hors pair. Qu'est-il devenu? La seule trace d'enregistrement que je connaisse de lui est un CD sorti en 96 chez House of Blues, King dollar, avec son groupe les Flips Kings. Si vous arrivez à le dégotter, foncez et dites-moi des nouvelles du premier titre intitulé Moo Goo et de sa cover de Malted Milk. Hey ! rien qu'en la réécoutant en écrivant ces mots les poils de mon ordi se dressent.
Donc après le gig où, entre les mecs des chantiers du coin, les gens du quartier et les étudiant(e)s, l'ambiance plus que hot se rafraîchissait à coups de margaritas servies dans de véritables aquariums et de pichets de bières aussi mahousses que des silos à grains, je suis allé me présenter à Paul et lui demander si je pouvais prendre quelques photos de lui. Quand je lui ai dit que je venais de Paris, il me balance avec un grand sourire : "Hey ! c'est super Mec… tiens la prochaine fois que tu le vois tu diras bonjour à mon pote Luther".
Il parlait bien sûr de Luther Allison. J'essayais de lui expliquer que je ne savais pas quand je pourrai lui parler, que c'était difficile dans les concerts d'aller backstage....etc. etc. Là, le mec il ouvrait des yeux comme des montgolfières et ne comprenait pas qu'il n'y avait pas dans chaque quartier un endroit ou les gens pouvaient se retrouver, boire un coup et s'éclater en écoutant de la musique.

logo One-Way

Simplement pour dire que lorsque ce genre d'endroit existe, que les musiciens y jouent... eh bien, il faut y aller !
Remember le concert des Breezes Kings au One Way... un shoot d'émotion pure même si ce soir-là, on pouvait se demander où certains étaient passés. Et puis quel pied de voir les pointures de demain et d'aujourd'hui se faire le cuir au contact des vieux crocodiles lors des jams du lundi soir à Saint-Ouen ou à bord des péniches de Paname ! Ca donne Charles Pasi et Antoine Holler chez Denisot avec Carla Bruni (la Sophia Loren des bobos), K-Led Bâsam qui, j'en suis sûr, va foutre le feu dans les bars de Cognac cet été, Philipe qui en plus de cartonner à la guitare chante de mieux en mieux.

I have a... nightmare, me retrouver comme il y a quelques années après la fermeture du Baryton à devoir réserver une table au Méridien pour écouter du blues. Je l'avais fait au nom de Robert Johnson pour déconner. Très sérieusement, le mec à l'entrée m'a souhaité la bienvenue sous ce nom. Ça décoiffe !

Pour cette nouvelle année... plein de bonnes choses à l'horizon. Sean Costello, Mudcat, Sax Gordon and moult others au One Way. Et rien que pour cette semaine, Boney Fields à la guinguette pirate... Yeah! Le drapeau bleu à tête de mort est dressé. Pas de quartier, j'y serai !
Sinon, sale journée... Alice Coltrane, Michael Brecker et Pete Kleinow nous ont quittés. Respect.

Good night.
Paco.


Grogs à gogo

28 janvier

Bonne(s) journée(s) pour le Blues. Une saleté de virus a inscrit mon blaze sur son tableau de chasse. Bronches encrassées, pires que la tuyauterie de douches d'une vieille prison par le calcaire, et une fièvre à faire passer un missionnaire paludique amazonien en pleine crise pour un athlète de haut niveau au sommet de sa forme. Paco sous traitement Pour me remettre sur pieds au fond de mes bottes... pas de secret, tous les sportifs connaissent : une bonne hydratation à base de grogs et de quelques tournées au One Way pour le concert de Thibaut Chopin, accompagné de Stan Noubar Pacha et d'une rythmique à toute épreuve. Thibaut... parlons-en ! Ce mec est un groupe à lui tout seul, basse, harmo et maintenant guitare et quelle guitare... sa version de The Things that I Used to Do de Guitar Slim était magnifique. On le sent de plus en plus à l'aise en frontman ; quant à Stan, c'est toujours un bonheur. Quand il joue, on a l'impression qu'il vous fait miroiter le morceau sous tous les angles pour vous le faire admirer à la manière d'un artisan à la sortie de l'atelier, c'est-à-dire avec fierté, modestie et respect. Du travail d'orfèvre et une belle leçon. Ils ont balancé un titre de Earl King où les changements de tonalité se succédaient alors que celui-ci était déjà basé sur un accord à la limite de la dissonance, et tout cela avec un feeling monstrueux. D'ailleurs, ce n'est pas Benoît Blue Boy qui dira le contraire, il fallait le voir chanter les paroles avec Thibaut tout en sirotant sa bière.
Et puis moi, quelqu'un qui joue la plupart du temps sur des harmos "Blues Harp" ou des Marine Band... ça veut dire quelque chose.

Sinon j'ai dégotté chez Copa le CD de Golden "Big" Wheeler sorti en 1997 chez Delmark avec James Wheeler à la guitare, Allen Batts au piano, Bob Stroger à la basse et Baldhead Pete aux drums. C'est vraiment un très bel album de Chicago Blues où entre les compos de Golden Wheeler et les reprises de Little Walter, Willie Mabon, Steve Cushing, Bernard Roth et le tandem Eckstine/Hines, on sent que chez ce mec le blues - même quand il est dit dans sa bio que pendant 35 ans il n'en a plus fait professionnellement parce qu'il fallait qu'il nourrisse sa famille - eh bien, il ne l'a jamais lâché.
Et puis moi, quelqu'un qui sur le dernier titre présente un par un ses musiciens comme s'il était sur scène... ça force le respect.

Pour finir je suis en train d'écouter le CD de Randy Garibay, un pote de Doug Sham, intitulé "Chicano Blues Man". Bon, c'est vrai qu'on est à San Antonio et que les frontières sont là pour être franchies par tous les moyens. Et c'est peut-être pour ça qu'à l'aide d'une partie des Texas Horns et de ses potes, on passe pas mal de styles en revue sur les 12 titres. Super guitariste et voix à la Bobby Blue Bland... ça dépote.
Et puis moi, quelqu'un qui arrive à me faire oublier de prendre mes médocs alors que l'on pourrait faire un œuf au plat sur mon front... ça me permet d'avoir la force de vous souhaiter à tous un bon Dimanche.

Paco.


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11 mars 2007

Watermelon Slim

Edward Bunker affirmait qu'il était capable de reconnaître un ex-taulard rien qu'à sa façon de marcher et à son regard. A plus forte raison s'il essayait de le cacher. Dans les deux cas, le mec ne se laissait jamais aller à baisser sa garde. Même dehors, il observait le monde autour de lui comme s'il devait tout voir mais sans en avoir l'air et surtout ne rien montrer. De la même façon, tout en affichant une attitude la plus cool possible il était incapable de relâcher son attention ou plutôt, devrais-je écrire, la tension dans les rues comme s'il était encore dans la cour de la prison. C'était devenu chez lui une marque de fabrique (ce n'est pas un hasard si un de ses bouquins a été adapté au cinéma par John Turturo avec dans les rôles principaux Edward Furlong, James Wood, Mickey Rourke - sublime en travelo - et Anthony du groupe Anthony and the Johnsons, sous le titre d'Animal Factory ) et une règle de survie dans un endroit où justement il n'en existait pas, de règle.

Watermelon Slim

Tout ça pour dire qu'il y a des mecs qui quelque part portent sur leurs gueules ce qui les fait vivre et surtout ce qui les fait devenir ce qu'ils sont. Pour ceux qui en douteraient, je prescris sans ordonnance l'écoute du CD de Watermelon Slim sorti chez Nothern Blues en 2006 et la visite de son site. Niveau bio... thanks à la Bluesothèque... c'est du béton armé, vétéran du Vietnam devenu trucker à cause de son intransigeance en ce qui concerne son engagement pacifiste, ce qui lui aurait coûté un boycott de certains quand ce n'était pas dans l'air du temps voire dangereux de l'être. Remember Steve Earle qui s'est retrouvé avec un contrat lancé sur lui par les fachos à la Timothy Mc Veight dans certains états (tas de boue). Ca a dû plaire à l'autre Bush-llit ce côté cow-boy. Il faut dire que le bonhomme semble avoir du répondant, diplômé en journalisme et acteur de théâtre dont la représentation d'une pièce sur la guerre en Irak semble avoir été... hum ! plutôt agitée dans certains coins.
Donc 14 titres se succèdent tout en rage à la manière d'un chargeur vidé en rafales. Ce mec monte à l'assaut en maniant son Dobro et sa slide comme une machette. Pas de quartier! Quant à l'harmo... écoutez Possum Hand, l'instrumental plage 6, ou le solo de Mack Truck, c'est carrément hanté. Et puis il y a cette voix qui, en venant de tellement loin, semble ne plus pouvoir s'arrêter dans l'émotion.

Il y a des découvertes comme ça... on sait qu'elles vous suivront longtemps. Il ne faut pas passer à côté. Je pense à des calibres du style de Randy Mac Allister - procurez vous son CD intitulé Double Rectified Bust Head - mais aussi Paul Black, Ron Hacker - remember ses concerts à Saint-Ouen -, William Elliot Whitmore, Racky Thomas mais aussi John Campbell qui à l'époque m'avait aussi scotché en première partie de Buddy Guy à la Cigale. Ce qui est dingue, c'est que ces artistes sont rarement dans les grands festivals alors qu'au nom de leur réputation, certains grands noms se la pètent en nous gratifiant de prestations diverses et a-variées.

Voilà! comme cahier des charges, je m'étais fixé de boucler ce papier arrivé au dernier morceau... and that's right, Buddies, puis qu'il est en Français. Ça cause comme ça :

Nous n'aurons qu'une vie brève
Ca marche quelquefois comme dans un rêve
Je hurlerai pendant cela
Quand je me tiens encore la force de voix

Ecoutez moi, le Bon Dieu m'a donné
Une fois pas plus, l'opportunité
La musique coule comme la sueur
De ma peau, et s'est mise au fond du cœur

Quand je vis, c'est entendu
Le Blues me fera content sur la rue
Et dans le jour où je mourrai
Le Blues sera comment vous vous me rappellerez".

Voilà! Pour boucler le week-end, Blues Power Band au One Way me semble tout indiqué.

Paco.

P.S.: And again... and again... and again, merci pour tout Mr. Paul Delay.


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La Gazette de Greenwood N°64