de: Pierrot Mercier
date: mardi 24 juillet 2007
LGDG n°65
Je ne sais plus qui disait sur La Chaîne qu’il s’interdisait, faisant partie d’un jury, d’indiquer ses impressions... On me permettra de considérer que si les jurés ne donnent pas leur avis, personne ne pourra l’exprimer à leur place. Essayons donc d’être critiques - s’il le faut - et surtout constructifs !
Je ne reviendrai pas sur les détails d’organisation des tremplins de Vannes qui en sont à leur 17e édition, 8e sauf erreur pour le Blues. La Gazette vous en a parlé régulièrement, par exemple dans les numéros 54 (2003) ou 62 (2006) .
Premier à passer le duo New Paradox
ne nous est pas inconnu puisque formé de 'Little' Houd au chant et de Philippe Brunel
à la guitare, que nous vîmes en 2004 avec une formation plus étoffée :
Side Track. Leur prestation d’alors avait été plus électrique et franchement
rock’n’roll. Ils reviennent cette année plus dans le sujet avec un programme
acoustique. Il est dommage qu’ils n’aient pas affirmé cette orientation en
dépouillant plus leur musique. L’idée de l’enrichir par des séquences
enregistrées n’était pas mauvaise en soi mais cet artifice est difficile à
maîtriser. Je pense que la rigidité qu’il impose va à l’encontre de l’esprit
même du Blues qui doit être fait de détentes, de respirations et ne saurait
rester enfermé dans une structure immuable. Si les soli du guitariste arrivent
à se caler correctement sur l’assise de guitare rythmique apportée par les
séquences, l’exercice est plus délicat pour le chanteur qui n’a personne pour
l’accompagner (sauf une machine par définition peu attentive) et qui doit donc
courir après les mesures. Dommage donc car le procédé, utilisé avec parcimonie,
donnait parfois une belle couleur à l’ensemble.
Je passe directement à Grigri Blue,
l’éternel Poulidor de ce tremplin (voir les éditions précédentes) pour
reprocher également à cette formation un manque de légèreté.
La musique d’Olivier Leray est faite de climats sonores souvent envoûtants.
Le contraste entre son jeu personnel, acoustique et rigoureux, et l’effervescence
de son accompagnateur Rudy Roberts, s’il surprit au départ, ne fut que lassant
à la longue.
Là encore, l’idée était bonne mais il ne fallait pas l’étirer tout
au long du set.
30 petites minutes paraissent fort longues quand l’ennui s’installe – ce qui est vraiment un
comble dans le cas de Grigri Blue (relire mes commentaires de l’édition 2004).
Revenons à la stricte chronologie du programme pour parler maintenant des String Breakers, toute jeune
formation de la région nantaise (une de plus) qui pourrait faire penser aux Bad
Mules dans leur premier avatar, c’est à dire groupés autour d’une chanteuse.
Le répertoire est d’ailleurs assez voisin, seule la jeunesse des exécutants
pouvant constituer une différence sensible. [nb : je ne dis nulle part que
les Bad Mules étaient alors déjà vieux
J, mais plus aguerris certainement].
Formation récente donc et pas encore très affirmée mais prometteuse (on
pourrait faire le parallèle également avec Couleur Blues, découvert à La
Charité l’an passé et revu ensuite au tremplin Blues sur Seine – toujours le
rôle principal tenu par la chanteuse avec un retrait certain des autres
intervenants, basse, batterie et deux guitaristes comme ici).
Une présence sympathique en tout cas, la timidité ne gâchant pas les sourires de Laurence Le Baccon, Arnaud Migne
(dms), Vincent Blivet (b), Grégory Denis et Sami Touré (g).
En tous cas, leur set est fort bien construit, se concluant habilement par le morceau le plus maîtrisé.
Trés belle impression globale.
Impression favorable également pour l’Electric Blue emmené par Mike Emsley, un vieux routard accompagné par un groupe de
jeunes énergiques - un peu trop même coté rythmique.
Mike est évidemment avantagé par ses origines et peut chanter avec action et diction parfaits.
Son jeu de guitare est agréable, dommage qu’il reste assis, comme Johan Houdart
précédemment.
Le répertoire sombre un peu dans le pop, faisant parfois penser à un Clapton pour sa versatilité et se termine par un Stormy Monday singulièrement
rugueux.
Chose amusante le vainqueur de l’an passé, Jean-Pierre Vimont est dans le public.
Lui qui est un interprète assez exceptionnel de T Bone Walker paraît perplexe en écoutant ce ... détournement.
Encore un guitariste/chanteur assis pour le dernier passage : Lowdown présente une formation atypique :
deux guitaristes (Philippe Toury et Loïc Lazennec) et un batteur (Benjamin Toury, sur un kit réduit) pourraient évoquer le Sud profond, aux tous débuts du
Blues électrique, d’autant que le batteur joue également de l’harmonica.
L’ensemble a un je-ne-sais-quoi de King Biscuit Time vraiment attirant.
Hélas si les instrumentistes ont le jeu simple, voire dépouillé, qui convient au
style, la voix de Philippe n’est pas vraiment au niveau.
La comparaison avec l’Anglais qui l’a immédiatement précédé est douloureuse...
Dommage car c’était bien la plus authentique proposition.
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Le jury délibère rapidement et le vétéran Mike Emsley est ravi de remporter le deuxième prix, surtout pour ses jeunes (Philippe Delanoë (b), Loïc Retière (p), Dominique Maugendre (dms), alors que les prometteurs String Breakers sont déclarés vainqueurs.

nb : les String Breakers avaient auparavant remporté
le tremplin des Rendez-vous de
l’Erdre
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Voici encore une édition bien intéressante qui se termine. Espérons qu’il y en aura d’autres dans les années à venir car ce concours reste hélas méconnu. En dehors du prix (1000 écus sont toujours bons à prendre), le groupe vainqueur a chaque année l’honneur d’ouvrir la grande soirée Blues du Festival dans le cadre somptueux du jardin de Limur, devant 1500 personnes. J’envoie tous les ans les informations utiles sur La Gazette et La Chaîne mais je constate que les candidats ne se bousculent pas... (je laisse aux autres le droit de penser que le Blues est une musique qui ne supporte pas l’exposition au grand jour)
Pierrot, juillet 2007