"Oldies But Goodies"

De: Patrice Champarou
date: 21 août 2008
LGDG n°66

En poursuivant ce tour d'horizon des premiers albums de blues que j'ai tenus entre les mains (et copieusement usés à force de réécoute), je tombe inévitablement sur cette galette qui était à elle seule une anthologie des styles de blues et de folk-music les plus divers, et une référence en matière de techniques de guitare.

3. Dave Van Ronk

Folkways

Van Ronk Sings - LP Folkways FA 2383

Ce deuxième album publié sour le nom de Dave Van Ronk n'a pas pris une ride depuis 1961. On y trouve pêle-mêle de grands classiques du blues d'avant-guerre tels Spike Driver's Moan ou See That My Grave Is Kept Clean, des chansons parodiques (Georgie & the IRT, petit chef-d'oeuvre d'humour noir agrémenté d'une pointe de blasphème), d'anciens thèmes de jazz (Hesitation Blues, ou l'admirable Sweet Substitute emprunté à Jelly Roll Morton) ainsi que des adaptations, anonymes ou personnelles, qui puisent très généreusement dans une tradition populaire que l'Amérique était en train de redécouvrir.

Van Ronk a toujours refusé l'étiquette de "blues singer", et revendiquait le titre de "jazz singer manqué" (sic!;-). L'éclectisme qui se traduit clairement dans l'ensemble de sa production discographique - incluant des sessions avec "jazz bands" et "jug bands" - est déjà manifeste dans cet album solo où blues, ragtime, spiritual et folk-songs se cotoient allègrement sans jamais engendrer la monotonie d'une imitation "à l'identique" des grands anciens. La voix exubérante de Van Ronk, la truculence du personnage prennent invariablement le pas sur l'orthodoxie raffinée de son jeu de guitare, et chaque thème est réinvesti sur un mode personnel qui peut aller de la caricature (Willie The Weeper, version échevelée à mi-chemin entre Dope Head Blues de Victoria Spivey et Minnie The Moocher de Cab Calloway) à l'intensité dramatique la plus soutenue (Come Back, Baby, Standing At My Window, voire le doucereux Tell Old Bill qu'il achève en donnant toute la mesure de sa puissance vocale!) en passant par une obscénité de bon aloi (Yas-Yas-Yas, Bed Bug Blues...).

Van Ronk Sings vol.2 n'a malheureusement bénéficié à ce jour d'aucune remastérisation digne de ce nom. On peut le trouver en téléchargement sur Virgin ou eMusic, et bien évidemment Folkways qui le propose également sous forme de "custom CD".

Black Mountain

Black Mountain Blues - LP Folkways 31020

Il en va de même pour le tout premier LP de Van Ronk, intitulé à l'origine Dave Van Ronk Sings Ballads, Blues And A Spiritual (re-sic!;-), album à la fois plus cohérent et de meilleure qualité technique, que Folkways avait eu l'excellente idée de rééditer (en 33 tours, of course!) neuf ans après sa sortie initiale en 1959.
Plus "propre" et plus pédagogique, ce disque se définit clairement comme un hommage à plusieurs grandes figures, en particulier Blind Boy Fuller et Gary Davis, mais aussi Leadbelly qui se prête bien involontairement à deux superbes arrangements, Duncan & Brady d'une part, et une émouvante reprise de Black Girl que Van Ronk intitule In The Pines,:

Little girl, little girl, don't lie to me,
Tell me where did you sleep last night?
In the pines, in the pines where the sun never shines,
And I's shiverin' the whole night through.
(...)
You've caused me to weep and you've caused me to moan,
You've caused me to leave my home

Quatorze titres généralement bien plus connus des amateurs d'aujourdhui, qu'il s'agisse de Careless Love, du célèbre Gambler's Blues (puissante recréation de St James Infirmary) ou de cette autre reprise de Morton, Winin' Boy Blues, remise au goût du jour par Hot Tuna ou Alain Giroux/Mahjun.

The Folkways Years - Smithsonian CD SF 40041

FolkwaysCD

Pour des raisons mystérieuses, les bandes de cette première session semblent avoir été conservées dans un bien meilleur état que celles de Van Ronk Sings, et on peut en retrouver une partie sur cette compilation à coté de larges extraits du disque précédent. Un bon compromis en apparence, mais la différence de sonorité entre les extraits des deux albums crée une "alternance" assez déroutante, et on se prend une fois encore à rêver de rééditions intégrales.


Inside Dave Van Ronk - CD Fantasy 24710

Inside Dave Van Ronk

Outre ce compromis facilement accessible, les deux albums solo qui ont suivi dans les années soixante (Dave Van Ronk, Folksinger et Inside Dave Van Ronk) ont été couplés dans leur intégralité sur ce CD qui figure toujours, et avec raison, en bonne place sur Amazon et autres sites de vente en ligne. Pas moins de vingt-cinq titres, un échantillon très appréciable de l'oeuvre de ce grand bonhomme - mais honnêtement, mise à part une tendance marquée à forcer sa voix sur certains albums plus "récents", existe-t-il un mauvais disque de Dave Van Ronk?

Cette très rapide introduction mérite évidemment d'être complétée par une visite sur la page illustrée de l'incontournable Stefan Wirtz, et peut-être un retour sur le site d'Elijah Wald pour son livre "The Mayor of McDougal Street", hommage rendu à l'ami, au musicien et à celui qu'on surnommait le "maire" de Greenwich Village.

Live Statesboro Basic

Pour achever de vous mettre l'eau à la bouche, une brève interview suivie d'une interprétation magistrale de Stagolee, disponible (mais pour combien de temps?) sur youtube.

Enjoy!


Patrice "Piggyback" Champarou



La Gazette de Greenwood N°66