De: Xavier "Delta Man",
Philippe Espeil,
Philippe Prétet,
Patrice Champarou.
date: septembre-octobre 2008
LGDG n°66
Hyena - 13 titres
En pur fan que je suis, j'ai peur de ne pas être suffisament objectif pour vous parler de cet album de Grayson Capps. Après ses quelques passages européens ces dernières années, Capps a tiré une expérience suffisante et nous la fait partager dès l'entame de ce cinquième album, Back To The Country rappelant au passage que personne ne se trouve mieux ailleurs que chez soi.
Bien que l'on retrouve quelques notes déjà connues de son répertoire (Guitar avait été édité en version acoustique sur Songbones), le natif de l'Alabama élevé musicalement à la Nouvelle Orleans nous assène sur ce Rott 'N' Roll quelques pièces de rock endiablés, plantées au beau milieu de balades sucrées dont lui seul parait posséder le secret et la maîtrise. Lors de ses précédents albums, Grayson Capps nous faisait découvrir des personnages attachants, Bobby Long, poète alcoolo interprété par John Travolta au cinéma ou Uncle Lee [NDLR: sans doute usurpateur !], genre de filiation dont on peut être tour à tour dégoûté ou honoré, cette fois-ci, c'est Ike qui nous est raconté au travers de l'une de ses "girl-friends". Poignant...
Des hommages à la Femme dans sa plus grande générosité au tribut payé à la Nouvelle-Orléans en valorisant les Valses du Quartier Français, Grayson Capps n'en finit pas de nous séduire par sa vision du monde façon "songwriter", son blues métissé par tant de culture et sa musique épicée comme peut l'être un Gombo louisianais. Il continue inlassablement à nous raconter des histoires, qu'elles soient siennes ou nôtres, vécues ou fantasmées, peu importe, on reste scotché à ses récits, méritant plus que jamais le salut d'un Hemingway ou d'un Kerouac, si ces derniers n'avaient pas eu la mauvaise idée de nous quitter.
Et même si ça parait facile de dire qu'il s'agit là de son Meilleur Album, jamais je ne renierai l'admiration que je porte à ce poète du troisième millénaire, et encore moins à la valeur musicale exceptionnelle que représente cet album !
Ne vous avais-je pas dit que l'objectivité n'était pas de mise...? :-)
Xavier "Delta Man"
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Hyena - 13 titres
Attendez vous à tout en découvrant ce énième album de Southside Johnny, sauf à du Lyon du New Jersey tel que vous l'avez connu !
Tom Waits a toujours été un personnage sulfureux, préférant les bas-fonds des clubs enfumés à l'élite encostardée, et les bouteilles de bourbon crasseux aux coupes en cristal frémissantes de bulles sexy. Pourquoi je vous parle de lui, me direz vous ? Tout simplement, parce que Southside Johnny s'en donne à coeur joie sur 12 de ses titres à l'occasion de ce Grapefruit Moon.
Il délaisse ses fameux Asbury Jukes pour s'accompagner du LaBamba's Big Band lors de sessions enregistrées entre 2005 et 2006, et revisitées dans un Jazz coloré et un Blues swinguant à profusion. Même le New Coat Of Pain qu'avait enluminé Bob Seger sur Fire Inside trouve ici une résurrection plus proche des feutres de Broadway que des poussières des Rocheuses.
Le Swing enflamme la Lune, le Lyon se dore un blason tout neuf, et moi j'aime à en perdre la tête !!!
Bien que parfois quelques relents de blues et d'harmonica viennent troubler l'atmosphère Jazzy de l'ensemble, c'est à un banquet gras comme une dinde de Thanksgiving auquel nous convie le Maître dont la voix, en vieillissant, se bonifie à l'image d'un grand vin. Aurait il lui aussi passé son 2ème age dans un fût de chêne ?
Fan de Southside j'étais quand il fricotait avec Little Steven et Springsteen, fan de Johnny j'étais quand il revisitait la Soul et Rhythm & Blues des Flirtations et le Rock des Rolling Stones, fan inconditionnel du Lyon du New Jersey je reste devant ce grand déballage de cuivres en hommage à Tom Waits !
Mention spéciale pour... les 12 titres de l'album !
Un Must ....
Xavier "Delta Man"
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Soundview Productions (42.19)
Surtout ne pas se fier au premier titre d’ouverture de cet album! En effet, après Basement With the Blue Light, tout ce qui suit démontre que Davis Coen a plus d’une corde à son manche et puise allègrement dans tous les styles que le blues du Sud des Etats-Unis (Texas, Louisiane, Mississippi mais également Géorgie et les Carolines) a su véhiculer.
Sous la forme d’une orchestration dépouillée – guitare, batterie/washboard, c’est à peine si parfois un clavier pointe le bout d’une touche (Mambo Jambo, New Shoes Blues) – Davis affirme être un amoureux des rythmiques basiques, lancinantes et entêtantes tel un R.L. Burnside (Accelerated Woman, Jack of Diamonds). La voix aiguë, éraillée et voilée peut légitimement faire penser à Rich Minus (New Shoes Blues). Cependant, l’influence de Lightnin’ Hopkins est évidente sur un titre comme Lordy Lord. Mais que dire alors de Since I Laid My Burden Down à la manière de Mississippi John Hurt ou du très Louisianais Baby Let Me Hold Your Hand ?
Cet album de Davis Coen est donc un large "crossroads" où tous ces styles de musique bleues se retrouvent pour le seul plaisir de son auditoire. Allez sur son site : www.daviscoen.com et jetez-y une oreille !
Philippe Espeil
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Dixiefrog DFGCD8650
Depuis Memphis, album superbe et qui à mon avis fait référence dans la discographie de Jean-Jacques Milteau, j’ai le sentiment que ses albums ne sont plus des albums de Jean-Jacques Milteau mais des albums avec Jean-Jacques Milteau. Et ce dernier opus, Soul Conversation, ne déroge pas à cette règle. On y retrouve la présence paradoxalement forte et discrète de l’harmoniciste, non plus en simple leader mais plutôt en clef de voûte d’un groupe très cohérent.
Un joyau brut
S’il existe un artiste français qui invite au voyage intemporel et qui sait transcender la musique de l’âme et inversement,
c’est bien Jean-Jacques Milteau. Soul Conversation est un joyau brut que chaque auditeur cisèlera selon ses convictions, ses
désirs, ses craintes… qui jalonnent son propre parcours. Qu’il s’agisse d’un voyage initiatique ou chaotique, peu importe. Ce que
l’on retiendra, c’est une invitation à découvrir un monde intérieur. Car le monde environnant, celui de
l’extérieur est parfois peu reluisant semble nous dire l’artiste. On conviendra volontiers avec lui de cette affligeante
banalité. |
L’objet est bien conçu, la conception graphique est excellente et son contenu exemplaire avec les paroles des compositions, ce qui ne gâche rien.
Sortie prévue le 16 octobre 2008.
Philippe Espeil
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Annoncé courant octobre 2008, ce film documentaire est un véritable événement à ne rater sous aucun prétexte. Dans la veine du film de Bob Mugge « Deep Blues » selon Roger Stolle, l’un des co-réalisateurs avec Jeff Konkel (cf. chronique du dernier album de T-Model Ford ci-dessous) les amateurs de blues « down-home » du sud profond vont pouvoir capter le feeling si particulier qui règne sur place dans les juke-joint. De quoi mettre les fourmis dans les pieds et les jambes pour se rendre dans le Delta… et écouter Robert Belfour, Robert « Bilbo » Walker et consorts.
Chiche ?
Philippe Prétet
Mudpuppy (11 titres – 43:19)
À 83 ans passés, T-Model Ford ce musicien truculent et attachant du Sud Profond en a encore bigrement sous le pied !
Cet opus est le premier enregistrement du nouvel label Mud Puppy Recordings installé en Georgie et dirigé par Kari Jones.
Sacré challenge que de se lancer dans l’aventure par les temps de disette que traverse l’industrie du disque. Gageons que les deux
compères Roger Stolle (Cat Head) et Jeff Konkel (Broke & Hungry Records) (cf LGDG # 63) qui ont œuvré
avec Kari Jones à cette première, sauront encore nous faire saliver.
L’enregistrement a eu lieu au Red’s Lounge à
Clarksdale (Ms). D’emblée le blues down home et idiosyncrasique de T-Model Ford prend aux tripes. Lancinant et hypnotique, en
mode mineur, son blues suintant et poisseux inimitable déverse un concert de notes échevelées qui incite au
déhanchement.. Sa voix nasillarde et profonde fait écho à une musique à la rythmique métronomique
récurrente. La production a réuni pour l’occasion une brochette d’excellents musiciens, véritables piliers des
juke-joint du sud : le légendaire batteur du Delta, ancien des Jelly Roll Kings, Sam Carr aux fûts sur deux titres,
Lee Williams sur les autres, Terry « Harmonica » Bean à l’harmonica au phrasé fluide et toujours en place et
enfin sur un morceau la guitare de Bill Abel.
Le titre éponyme de l’album « Jack Daniel Time » résurgence
très personnelle de Got My Mojo Working résume à lui seul l’ambiance festive du lieu et du personnage qui
n’hésite pas entre deux prises à savourer une gorgée du célèbre breuvage. T-Model interprète
ici cinq morceaux acoustiques en solo tels que I Love You, Babe et Mistreatin’ Woman. Le reste est joué à
l’électrique en combo en revisitant des classiques de Dixon, Crudup, BB King, J Reed et du Wolf. Au final, cet album est
convaincant car il respire la liberté de ton (prise directe) et respecte profondément l’univers de T-Model Ford,
ce qui n’était pas forcément le cas de son ancien label, le très mercantile et parfois maladroit Fat Possum.
Pour une première, cet enregistrement de Mudpuppy recordings est une vraie réussite. Un achat
recommandé.
Philippe Prétet
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Castor Music (113 pages)
Eh oui, le titre qui ne figure pas au complet sur la tranche du livre (était-ce vraiment par manque de place ?) indique qu'il s'agit bien d'une traduction de Searching For Robert Johnson, un ouvrage publié en 1982 et chroniqué il y a six ans dans le numéro 36 de la Gazette par Loïc Tissot.
"Si vous ne connaissez pas la légende de Robert Johnson, alors ce livre est pour vous" déclarait en substance un lecteur américain... et il est vrai que ce petit ouvrage, disponible en Français vingt-six ans après sa publication, n'apporte rien de neuf à la connaissance que nous avons du personnage et de sa musique. On peut toujours se réjouir pour les amateurs de blues qui répugnent à lire dans la langue de Shakespeare et de David Evans, mais également déplorer que nombre d'ouvrages bien plus denses, et surtout plus récents, ne soient toujours pas traduits. Autant dire aucune étude majeure depuis quatorze ans (avec le monumental Nothing But The Blues supervisé par Larry Cohn) à l'exception des Mondes du Blues, ouvrage copieusement remanié par Paul Oliver en 1990 mais pour lequel 10/18 a malheureusement retenu... la toute première édition, publiée trente ans auparavant !
Fermons la parenthèse et demandons-nous quel intérêt cet opuscule peut présenter aujourd'hui, en dehors d'une
couverture sympathique et d'une bonne discographie (seule mise à jour) pour un prix raisonnable.
Un intérêt documentaire d'abord, car il nous livre l'essentiel
des témoignages sur lesquels s'est fondée la légende de Johnson, et en ces temps internautiques où tout est répété,
amplifié et déformé, il est toujours bon de revenir aux sources. On y découvrira les nombreuses contradictions déjà soulignées dans la première
chronique, qui contribuent à rendre plus obscure encore l'image que l'on peut avoir du personnage, à croire que les
différents témoins et compagnons de route n'ont pas rencontré le même Robert Johnson !
Peter Guralnick rapporte d'ailleurs quelques anecdotes savoureuse sur ces ambiguités, sur les confusions de personne, mais cherche
obstinément à leur donner un sens : "dans cet univers, écrit-il, tout le monde pourchassait des ombres".
L'auteur est lui aussi conscient de rédiger la "biographie d'un fantôme", titre initialement prévu par Mack McCormick
qui est largement à l'origine des travaux de recherche sur lesquels s'appuie cette étude.
Avec le recul du temps, on peut peut-être se permettre de sourire en relisant
quelques formules pour le moins hardies concernant un musicien dont personne n'est parvenu à cerner la personnalité :
"Robert Johnson fut soudain él&evé à la signification par un acte de volonté créatrice, par une synthèse de tout son savoir, de toute
son existence".
Ce souci de cohérence, cette volonté de placer l'homme comme sa musique au-delà de toute dimension humaine, est en tous points
comparable à l'admiration sans bornes que Peter Guralnick vouait à Elvis Presley, dont il a également publié une impressionnante biographie.
Cet enthousiasme, partagé par plusieurs de ses contemporains dès les années soixante, a joué un rôle objectif dans la redécouverte et
la reconnaissance du blues, mais sans ironie aucune je pense que l'une des vertus essentielles de cet ouvrage est de nous faire
toucher du doigt l'attachement romantique aux légendes qui prévalait dans la littérature de l'époque, et qui a
durablement conditionné notre perception du blues.
Le second aspect qui devrait éveiller notre intérêt, c'est précisément l'obstacle auquel Guralnick se heurte en permanence
en rapportant scrupuleusement des récits divergents, voire totalement contradictoires. Robert Johnson était-il illettré, ou
avait-il une belle écriture qui "ressemblait à une écriture de femme"? C'est le même Johnny Shines qui affirme l'un et l'autre à
quelques années d'intervalle, et plutôt qu'un degré de confusion propre à la période des années trente dans le Delta du Mississippi,
j'y vois très prosaïquement un signe parmi d'autres de la fragilité de la mémoire humaine...
Certes, l'histoire du blues serait moins étoffée sans les précieux témoignages que nos historiens ont patiemment recueillis, et il serait
absurde de ne pas les prendre en compte. Cela n'interdit pas de les considérer avec toute la prudence qui s'impose, et de ne jamais
les prendre pour des vérités intangibles.
Patrice Champarou
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La Découverte / Poche (337 pages)
Attention, on ne joue plus dans la même cour ! L'ouvrage fondamental de William Edward Burghardt Du Bois,
un assemblage de chapitres de longueur variable, rédigés à différentes époques, qui
s'efforcent de cerner ce qu'on n'appelait pas encore la "question noire", n'est pas un ouvrage facile.
La musique y occupe effectivement une place, mais je précise qu'il
s'agit exclusivement de Spirituals, seule illustration de la musique afro-américaine dont pouvait
avoir connaissance un universitaire noir en... 1903, et je me suis longtemps demandé si la présentation de ce livre,
disponible en Français depuis l'an dernier, était justifiée dans la Rubriqu'à Blues.
La principale réponse que je crois pouvoir apporter, c'est que l'analyse fouillée,
intelligente, impressionniste et surtout humaniste que nous livre Du Bois au début du XXème siècle
éclaire de manière prémonitoire les dilemmes dont la population afro-américaine
demeurera prisonnière jusqu'aux années soixante, et probablement au-delà.
Du Bois, on le sait, s'est très tôt démarqué du leader Booker T. Washington, refusant le "compromis historique" qui
consistait à jouer la carte de l'intégration par l'éducation et le travail, et à renoncer "pour un temps" à
toute revendication sur le terrain des droits civiques. Au-delà de la personnalité complexe du pionnier de la
NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), du tribun à l'itinéraire tortueux, en rupture
à diverses reprises avec sa propre organisation dont il dénonçait les dérives droitières, flirtant avec le marxisme et
le panafricanisme, ce livre pose avec une extrême lucidité les responsabilités qui furent celles du Gouvernement Fédéral
à l'issue de la guerre de sécession, abandonnant une population fraîchement libérée des chaînes de l'esclavage à
l'incurie de l'administration, à une spoliation dictée par les "lois" du marché, et créant une situation
conflictuelle totalement insoluble dans les états du Sud.
Qu'on se s'attende pas ici à de grandes déclarations de principe sur les libertés ou sur l'égalité des races, ni à un ouvrage pamphlétaire. Du Bois s'efforcer d'analyse avec une objectivité souvent impitoyable l'élaboration de sa propre pensée, et même si les considérations politiques, sociales et économique occupent une large place, il ne peut s'empêcher de les relier aux aspects psychologiques et culturels, au même malaise individuel que nous feront ressentir quelques décennies plus tard des écrivains comme James Baldwin, ou Ralph Ellison dans Invisible Man. Cette "invisibilité" qui découle de ce que Du Bois appelle la "ligne de démarcation des couleurs" ressurgit épisodiquement sous l'appellation du voile, car cette oeuvre majeure qui, répétons-le, exprime plus que toute autre l'urgence du long et douloureux combat pour l'émancipation des Noirs, est en même temps une création littéraire remarquablement servie par la traduction.
Un livre à lire avec patience, prévient Magali Bessone qui est non seulement la traductrice de l'ouvrage,
mais avant tout une spécialiste renommée et passionnée de philosophie politique, dont les quatre-vingts deux pages de notes et
de postface justifient à elles seules l'achat de cette édition.
Impossible de condenser en quelques lignes tous les aspects de ce livre, rédigé dans un style désuet et passant
sans transition de la froide analyse au fragment autobiographique, mais que je considère comme indispensable
à quiconque souhaite comprendre la période durant laquelle le blues s'est développé.
Patrice Champarou
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Éditions de la Martinière (relié, 240 pages + CD)
Grand-maître de la bande dessinée underground, tout aussi réputé pour ses animations pornographiques que pour ses talents
de musicien, le Papa de Fritz the Cat est également un illustrateur incontournable dans le domaine du blues d'avant-guerre.
On lui doit plusieurs jaquettes de disques et de CD édités par Yazoo, ainsi que les célèbres jeux de carte présentant
les grandes figures du blues, du jazz et de la country music... que voici réunis dans un seul ouvrage accompagné d'un CD.
Ces dessins ont tous été réalisés à partir de photos ou de publicités d'époque, et on peut désormais les
feuilleter à loisir dans un format 13x18 avec le commentaire en regard de chaque agrandissement - plus besoin de retourner les cartes !
La ressemblance est quelquefois discutable mais on apprécie la griffe de Crumb,
son dessin peaufiné dans la section jazz, et délibérément caricatural en ce qui
concerne les portraits des "héros" du blues et de la première forme de musique "country".
Robert Crumb ayant une prédilection marquée pour les tout premiers interprètes, les trente-six musiciens de blues qui ouvrent
ce recueil font tous partie des "indispensables" qui ont enregistré avant 1932. On trouvera quelques noms bien plus obscurs dans
le domaine du jazz, mais la surprise se trouve dans la dernière section où l'on découvre nombre de "string bands"
d'avant-guerre, un peu au détriment de grands absents tels Dick Justice, Frank Hutchison, Tom Ashley ou Buell Kazee...
Une idée de cadeau si vous pensez déjà aux fêtes de fin d'année, mais je dois préciser que le choix de la version française
n'est peut-être pas le plus judicieux pour parfaire sa culture bluesistique... les biographies des "bluesmen" nous laissaient déjà
un peu sur notre faim dans la version originale, ici le traducteur semble à ce point motivé par son sujet qu'il
commet des erreurs de débutant; ainsi, faute d'avoir lu la ligne supérieure, il annonce sans émoi que Furry Lewis n'a enregistré
que trois titres, alors qu'il en accorde généreusement soixante-dix à Skip James, confusion classique entre "seventeen"
et "seventy"... faudra bosser un peu pour le bac! ;-))
Trêve de persiflage, la sélection musicale qui accompagne ce livre comporte 21 petits chefs-d'oeuvre regroupés par genre, et peut-être faut-il accorder une mention spéciale à la section jazz. Ne reculant devant aucun sacrifice, la Gazette vous livre en annexe la liste des titres - et pour le même prix, la correction d'une erreur majeure dans la "playlist", le dernier morceau n'ayant franchement aucun rapport avec Jimmy Noone. ;-)
Patrice Champarou