la Gazette de Greenwood

présente

Georges Lemaire (photo RS)
Georges Lemaire (photo RS)
Carnet de route
U.S.A. 2001
(du 23 juillet au 13 août 2001)
Robert Sacré (photo GL)
Robert Sacré (photo GL)


texte de Georges Lemaire

photos de Georges Lemaire et Robert Sacré

© 2001, tous droits réservés

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Avant d'entamer le récit de notre séjour aux Etats Unis, je tiens tout particulièrement à remercier Robert Sacré qui m'a invité à partager avec lui cet extraordinaire voyage au cœur des musiques afro-américaines.

Je voudrais également préciser que les contacts qu'il a pris avant et pendant le voyage, que les amis qu'il avait déjà sur place et qui nous ont procuré bon nombre d'avantages et de facilités, ont fait de notre périple aux Etats Unis un séjour extrêmement enrichissant et sans aucune fausse note.

Chicago. Les anciens studios Chess, 2120, S. Michigan Ave (photo GL)
Chicago.
Les anciens studios Chess,
2120, S. Michigan Ave
(photo GL)







ÇA COMMENCE MAL !

Lundi 23 juillet

Arrivés à Bruxelles, au guichet d'embarquement de Zaventem, nous sommes avertis que notre vol United Airlines, prévu à 12h50, est annulé! Nous craignons, évidemment, de rater la correspondance à Washington et trépignons d'impatience au milieu d'une longue file de voyageurs désappointés, déçus et inquiets.

Après une demi-heure d'incertitude, une employée nous attribue deux places sur un vol Lufthansa qui décolle à 15 heures.



ÇA COMMENCE BIEN !

Ce vol fait escale à Frankfort et nos sièges sont en classe business. Quel confort! Champagne, repas et vins succulents et, ce qui est appréciable par dessus tout, nous disposons de beaucoup de place pour étendre les jambes. Malheureusement, il est prévu que l'étape Frankfort-Chicago devra se faire en classe économique.

le métro aérien de Chicago  (photo GL)
le métro aérien de Chicago (photo GL)

Mais, arrivés à Frankfort, nous nous apercevons que nos sièges sont, une fois de plus, en classe business. Gin, saumon, agneau et pousse-café sont dégustés par-dessus les nuages, à 10 kilomètres d'altitude. Dehors, il fait 52° sous zéro. L'arrivée à Chicago est prévue à 19h30, le temps est très clair et, après avoir survolé les gratte-ciel, notre avion effectue un atterrissage impeccable. A la sortie de l'aéroport, un air étouffant et très humide nous accable, mais ce n'est rien en comparaison de ce qui nous attend dans le Mississippi. Nos valises sont lourdes (elles le seront davantage au retour) et nos vêtements sont instantanément trempés. Le shuttle nous attend et nous emmène chez Avis où nous avons réservé une Mitsubishi Galant.

Nous nous dirigeons sans attendre vers la maison de Michel Lacocque (le frère et manager de Pierre, harmoniciste et leader de Mississippi Heat) qu'il a eu la gentillesse de nous prêter pendant qu'il partait pêcher. Après avoir ouvert la porte, il s'agit de débrancher le signal d'alarme dont nous connaissons le code. Nous ne trouvons pas le boîtier assez rapidement, si bien qu'après une minute de vains tâtonnements, une sirène retentit. Dans le voisinage, personne ne bronche. Je désactive l'alarme et un quart d'heure plus tard, une voiture de la police de Chicago s'arrête devant la maison. Robert leur explique la situation et ils me demandent de confirmer si, effectivement, tout va bien. Notre air parfaitement honnête les satisfait et ils s'en vont continuer leur ronde. Nous faisons quelques emplettes à proximité et nous rentrons nous coucher. Il est minuit et la chaleur est encore très intense. Dans le jardin, de temps à autre, des lucioles émettent des lueurs fugitives.



C'EST PARTI !

Mardi 24 juillet

le soir tombe sur le Loop (photo GL)
le soir tombe sur le Loop (photo GL)

Le Blue Chicago (photo GL)
Le Blue Chicago (photo GL)

Embouteillages sur le Lake Shore Drive (photo GL)
Embouteillages sur le Lake Shore Drive (photo GL)

Lever à 6 heures. Je prépare le matériel (photo, vidéo et minidisc). Après un petit déjeuner sommaire, nous nous rendons dans le South Side pour une séance de photos (églises, peintures murales, …). Nous nous rendons ensuite chez Billy Boy Arnold qui, malheureusement, ne peut nous consacrer que peu de temps car il a un rendez-vous en ville. Il nous reçoit néanmoins dans son salon et promet de nous recontacter par téléphone avant la fin de la semaine. Nous visitons un magasin spécialisé dans la musique gospel, prenons de nombreuses photos dans le South Side et rentrons dîner à la maison. La chaleur est intenable. Nous prenons un peu de repos avant de repartir au centre ville (the Loop, la Boucle) nommé ainsi parce que the El ( = Elevated train system), surnom du CTA (Chicago Transit Authority) dessine une boucle autour du centre de Chicago. Les gratte-ciel gigantesques dessinent leur silhouette élancée sur fond de ciel bleu. Beaucoup de drogués, de clochards, de mendiants y promènent leur misère, en quête d'une poubelle prometteuse ou d'un touriste compatissant.

La ville comprend de nombreux parcs. Le lac Michigan est immense (une véritable mer sur laquelle naviguent de nombreux voiliers - de l'autre côté, c'est le Canada). Il est bordé d'une vaste plage de sable fin qui donne à Chicago des allures de ville balnéaire.

Chicago, la "Windy City", est également surnommée "Second City", non pas, comme on pourrait le croire, par rapport à New York, mais parce qu'en 1871, un terrible incendie ravagea la ville.

Après un copieux repas dans un restaurant italien, nous nous rendons au Blue Chicago (736, N. Clark St.)où se produisent Linsey Alexander et Zora Young. Celle-ci se souvient de notre première rencontre en Belgique, il y a quelques années, lorsqu'elle chantait avec Mississippi Heat. Je lui promets de lui envoyer une copie du film de ce concert mémorable et elle me dédicace son dernier CD, Learned my lesson - Delmark 748.

A la sortie du club, de violents éclairs déchirent le ciel de Chicago. Il est 2h30 et demain, à midi, nous avons rendez-vous chez Delois Barrett. Cette légende du Gospel a fait partie des Roberta Martin Singers pendant 18 ans. En 1962, avec ses deux sœurs, elle a formé The Barrett Sisters. Surnommées The Sweet Sisters of Zion, elles ont enregistré en 1963, leur premier LP, Jesus loves me, sur le label Savoy.

Mercredi 25 juillet

Lever à 8h30. Tonnerre et pluie battante. Un petit café rapidement expédié nous remet les idées en place. Sans perdre de temps, nous parcourons le ghetto à la recherche de photos intéressantes.

A midi, nous sonnons chez Delois Barrett. Elle nous reçoit dans un salon au milieu duquel trône un magnifique piano blanc. Peu de temps après, arrivent ses deux sœurs, Billie et Rodessa, qui habitent à deux pas. Elles nous racontent avec force détails leurs souvenirs récoltés lors de leurs tournées triomphales en Europe et en Afrique. Au moment de nous séparer, elles nous indiquent la maison que Mahalia Jackson a habitée, un peu plus loin dans la rue.

A présent, le temps est gris, mais sec. Les gratte-ciel ont la tête dans les nuages. Nous rentrons "chez nous". Il est 16h30 et nous dévorons un repas surgelé.

En début de soirée, nous nous rendons au Blue Chicago (736, N. Clark St.) où James Wheeler accompagne Grana Louise. Comme d'habitude, James Wheeler est excellent. Mais Grana Louise offre un show assez tiède. A la fin du premier set, nous quittons le club et allons écouter Johnny B. Moore et Pat Scott à l'autre Blue Chicago, situé à quelques blocs, dans la même rue (536, N. Clark St.).

Pat Scott a vécu avec Lefty Dizz et ensuite avec Buddy Scott. Avant de monter sur l'estrade, elle est assise à sa table. Les mains sur les genoux, elle écoute attentivement un solo déchirant de Johnny B. Moore. Elle adopte une attitude réservée, presque timide. Par contre, dès qu'elle est en scène, elle se transforme en véritable tigresse, elle s'adresse au public qu'elle met instantanément dans sa poche. Elle se tortille, elle grimace, elle paye de sa personne. Reconnaissable entre mille, sa voix se fait tantôt câline, tantôt rugissante, ponctuée par la guitare de Johnny B. Moore, artiste introverti, peu causant, répondant laconiquement par monosyllabes. Impossible à interviewer! Détestant l'avion, il ne vient jamais en Europe. Il y est cependant venu cinq fois (trois fois avec Koko Taylor et deux fois avec Willie Dixon). Il faut donc se déplacer à Chicago pour l'entendre. Mais cela en vaut vraiment la peine! A la fin du concert, Billy Boy Arnold nous retrouve.

James Wheeler et Grana Louise (photo GL)
James Wheeler et Grana Louise au Blue Chicago (photo GL)

Johnny B. Moore  (photo RS)
Johnny B. Moore et J. Labon (basse)
au Blue Chicago(photo RS)

Jeudi 26 juillet

the Robert Taylor Project (photo GL)
the Robert Taylor Project (photo GL)

le Wok'n'Roll (photo RS)
le Wok'n'Roll (photo RS)

Ciel bleu et soleil éclatant! Nous flânons en ville, passons devant le Checkerboard, le B.L.U.E.S., le Reservation. Nous photographions des églises du South Side, des enseignes de restaurants offrant de la soul food, … Nous arrivons au Robert Taylor Homes, et prenons des photos de cet ensemble de 28 buildings identiques de 16 étages chacun. Terminé en 1962, ce projet a encouragé la ségrégation raciale car les bâtiments ont été construits au milieu des taudis reconstruits de la Black Belt et ont maintenu les 28.000 résidents isolés à l'intérieur du South Side. Un endroit à éviter, surtout le soir!

Invités par Mr. Jeffrey P. Radford, Director of Music de la Trinity United Church of Christ, nous assistons (privilège immense!) à la répétition du chœur. L'église compte plus de 8000 affiliés et le Pasteur, le Dr. Jeremiah Wright, Jr., est un prédicateur de renom. Cette expérience unique nous a permis de découvrir la rapidité avec laquelle ce chœur d'environ 160 participants apprenait un nouveau chant assez complexe et à plusieurs voix. C'est impressionnant!

Irma Gwynn, une des pionnières du gospel de Chicago est affiliée à la Trinity United Church of Christ. Elle se déplace actuellement en fauteuil roulant mais est néanmoins présente à cette répétition. Elle interprète Didn't it rain, accompagnée par le chœur. Elle sera également présente au service de ce dimanche.

Nous passons la soirée au Blue Chicago où Johnny B. Moore accompagne Mary Lane. Née en 1935, elle a chanté avec Robert Nighthawk, Howlin' Wolf, Magic Sam, Otis Rush et bien d'autres. Elle vit actuellement avec le bassiste du groupe, Jeffrey Labon. Le concert est superbe ainsi que son CD, Appointment with the blues, sur le label Noir Records.

Les cocktails, au Blue Chicago, sont excellents! A présent, les portiers des deux clubs nous reconnaissent et nous saluent amicalement à chacune de nos visites.

Vendredi 27 juillet

Michel Lacocque revient de vacances demain après-midi. Nous devons donc penser à libérer la maison et à trouver un logement pour le restant de notre séjour à Chicago.

Nous passons la matinée dans le Loop. Nous nous garons et allons faire quelques emplettes au Jazz Record Mart (444, North Wabash). A 16h10, retour à la voiture : un policier trop zélé avait eu le temps de glisser un "ticket" sous les essuie-glaces. En effet, à Chicago, certaines rues doivent être dégagées après 16 heures (rush hours). Je l'ai, bien sûr, gardé, en souvenir …

L'après-midi est consacrée à la visite de Maxwell Street ou plutôt de ce qu'il en reste : quelques maisons délabrées formant un coin de rue où l'on vend les célèbres et délicieuses Polish sausages. La University of Illinois at Chicago (UIC) y a déjà construit de nouveaux bâtiments.

Il est 20 heures. Nous dégustons une Samuel Adams (bière brune à l'amertume fort subtile, brassée à Boston) dans une salle de billard en attendant le concert de Lil'Ed Williams qui doit avoir lieu au B.L.U.E.S., une heure plus tard. Son show (3 sets d'une heure) est époustouflant! Il est terriblement cabotin et lance sans arrêt des œillades complices à l'objectif de ma caméra.

ce qu'il reste de Maxwell Street (photo GL)
ce qu'il reste de Maxwell Street:
Les marchands de Polish sausages (photo GL)

Lil Ed Williams (photo RS)
Lil Ed Williams au B.L.U.E.S.(photo RS)

Samedi 28 juillet

Vance Kelly (photo RS)
Vance Kelly à Lincoln Street
(photo RS)

Howard Scott (photo RS)
Howard Scott à Lincoln Street
(photo RS)

Nous avons réservé une chambre à l'Université de Chicago jusqu'à mardi. L' International House a été fondée en 1932 par John D. Rockefeller (1414 E. 59th St.). Le bâtiment est magnifique, construit autour d'un patio agrémenté par une fontaine et quelques tables. Des écureuils viennent y chiper des pommes ou des biscuits abandonnés par les étudiants. Ils sont parfois maladroits et laissent tomber cette nourriture du haut des arbres.

L'après-midi, nous allons à un festival de blues à Lincoln Ave. Plusieurs podiums sont aménagés dans la rue. Sur l'un d'eux se succèdent Michael Coleman, Vance Kelly, Nellie "Tiger" Travis (qui n'usurpe pas son surnom : très dynamique, elle descend du podium et se mêle à la foule en chantant) et Howard Scott. Pendant la prestation de Vance Kelly, Michael Coleman est dans la foule : il danse et mime les différents instruments de l'orchestre. Big Time Sarah est également présente et ne cache pas sa joie. Lurrie Bell, discrètement, assiste également à ce concert. Nous n'avons malheureusement pas le temps de l'écouter car le concert de Mississippi Heat va débuter au Reservation Blues, le club d'Eddie "The Chief" Clearwater (1566 N. Milwaukee Ave.)

Nous nous garons non loin de là et le GSM sonne. C'est Pierre Lacocque qui nous prévient : il ne peut pas jouer ce soir. Deux groupes ont été programmés en même temps et Jimmy Johnson a "fortement" insisté pour que la soirée lui soit attribuée.

Puisque nous sommes sur place, nous décidons d'aller voir Jimmy. Nous allons le saluer et, à notre surprise, il nous reconnaît. Nous l'avons en effet rencontré longuement en 1998, au Festival de Jazz à Liège.

Nous mangeons rapidement avant le spectacle : la cuisine du Reservation est délicieuse! Le concert de Jimmy Johnson, quant à lui, ne nous a pas émus outre mesure. Retour à l'International House à 3 heures du matin. Demain, c'est dimanche et nous sommes attendus à la Trinity United Church of Christ.

Jimmy Johnson (photo RS)
Jimmy Johnson
au Reservation
(photo RS)

Dimanche 29 juillet

A 10h30, nous garons la voiture dans l'immense parking de l'église et un quart d'heure plus tard, le service commence. Petit à petit, les fidèles remplissent les sièges inoccupés pendant que les 160 membres du chœur, sous la direction de Jeffrey Radford, font vibrer l'assistance. C'est ici que les paroles "Make a joyful noise unto the Lord" prennent tout leur sens. Lors de la répétition de jeudi, les choristes étaient habillés comme vous et moi. A présent, ils portent des couleurs vives et plus chatoyantes qu'une salade niçoise. Ils se balancent en frappant des mains : l'ensemble est impressionnant et propre à remuer l'âme. D'autant plus que la musique est excellente, que les solistes ont des voix superbes et que les fidèles, eux aussi endimanchés, se laissent envoûter par les rythmes syncopés. Les hommes portent soit un costume assez sobre soit un vêtement de type africain, très coloré. Les femmes sont également très élégantes et leurs chapeaux sont étonnants. Parfois rouges, parfois dorés, leurs formes sont originales et ils sont portés fièrement.

Un prédicateur de Philadelphie, invité par la Trinity United Church of Christ assure le sermon. Il commence de façon anodine, sur un mode badin, s'enflamme soudain et, après un subtil crescendo, atteint un climax au cours duquel les fidèles crient, dansent et répondent aux questions du preacher. C'est très impressionnant.

Au cours du service, le chœur interprète impeccablement le chant appris jeudi dernier. Soudain, la voix d'Irma Gwynn, chaude et encore bien assurée, domine le chœur et donne une très belle version de This Little Light of Mine et de Didn't It Rain.

A la fin du service, vers 13h30, beaucoup de fidèles viennent nous saluer fort chaleureusement, nous demandent d'où nous venons et semblent visiblement intéressés par notre présence.

Le service a duré trois heures mais nous a paru trop court. Si les services religieux en Belgique étaient semblables, j'irais à la messe tous les dimanches!

A 16 heures, Pierre Lacocque nous attend au studio Tone Zone. En effet, Mississippi Heat y enregistre son 5ème CD (sortie prévue au début de l'année). Aujourd'hui, Billy Boy Arnold et Carl Weathersby doivent ajouter leur participation à ce qui a déjà été enregistré précédemment. Nous sommes étonnés par l'extrême minutie du travail de l'enregistrement digital. Tout s'exécute par ordinateur et le moindre passage défectueux (parfois une seule note) est immédiatement remplacé. Quant au texte, Pierre le modifie sur le tas et demande, tantôt à Billy Boy, tantôt à Carl, d'essayer un autre mot, une autre intonation. Un véritable travail de perfectionniste que personne ne pourra soupçonner (à moins d'y avoir assisté) à l'écoute de leur prochain CD qui sera, à coup sûr excellent, d'après ce que nous en avons entendu.

Billy Boy Arnold est un grand maître : ses interventions sont remarquables. Egalement exceptionnels sont les solos de guitare et la voix de Carl Weathersby. Tous deux ont d'ailleurs déjà contribué au 4ème CD de Pierre Lacocque.
Nous quittons le studio peu après 22 heures et rentrons à l'International House avec l'impression très nette de ne pas avoir perdu notre journée.

Irma Gwynn (photo RS)
Irma Gwynn (photo RS)

The Trinity Choir (photo GL)
The Trinity Choir (photo GL)


the Trinity Choir (photo RS)
The Trinity Choir (photo RS)



Pierre Lacocque au studio Tone Zone (photo GL)
Pierre Lacocque au studio Tone Zone (photo GL)
... Suite ...

Georges LEMAIRE, Liège le 20 novembre 2001

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